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Jephté TCHEMEDIE, journaliste cybernétique

Le journaliste Jephté TCHEMEDIE répond bien à ses initiaux « J » pour Journaliste et « T » pour technologie, en démystifiant le mythe du digital qui paraît encore être un environnement bien alambiqué pour ses confrères du métier.

Propos recueillis par Maty Noukelak Diop, Rédactrice Initiatives Africa

Vous êtes journaliste sorti de l’ESSTIC et aujourd’hui, vous embrassez aussi bien la presse télévisée que la presse cybernétique. Qu’est ce qui vous vaut autant d’aise sur ces deux canaux?

Journaliste cybernétique

En effet, je suis journaliste cybernétique autant que journaliste présentateur TV. Je tiens mon aisance de ma formation, qui a été essentiellement basée sur la presse écrite. Contrairement à ce qui se fait en télévision où l’image complète le récit, ou en radio ou les extraits sonores accompagnent le récit du journaliste, les journalistes de la presse écrite ne bénéficient d’aucun accompagnement, sinon au maximum d’une photo. Alors, il revient au journaliste de presse écrite d’affûter sa plume de manière à pouvoir capter l’attention de ses lecteurs, seulement ou uniquement à partir de son texte, ou mieux, de son titre. Ayant exercé dans tous ces médias, je possède donc une certaine expérience qui me rassure dans certains cas.

La crise sanitaire du Covid 19 bouleverse les habitudes de consommation des médias et le digital en sort plus que jamais renforcé. Comment vous l’expliquez?

En effet, avec la crise de la Covid 19, les opportunités du numérique ont été plus que jamais sous le feu des projecteurs. Même si les mesures de confinement ont été différemment appliquées en fonction des pays, les opérateurs télécoms s’accordent quasi unanimement à dire que durant cette période, leurs trafics Internet ont enregistré une folle croissance. Ceci alimenté par l’expérimentation et l’adoption massive du télétravail comme mode de travail dans plusieurs pays en Afrique. Confinés chez eux, les abonnés avaient besoin de trouver le moyen de rester proches de leurs familles et amis. En cela, le digital s’est imposé comme étant le meilleur moyen d’y parvenir.

Quelles est votre implication en tant que journaliste du Digital Business Africa dans la lutte contre cette pandémie?

En tant que journaliste travaillant pour un média spécialisé dans les TIC, nous nous sommes donnés pour mission d’informer les Africains sur les outils que leur apporte le numérique dans le cadre de cette crise. En effet, plusieurs africains ont créé des solutions numériques, permettant de suivre et d’anticiper la progression de la pandémie. Or, il s’agit dans la plupart des cas de jeunes entrepreneurs qui n’ont pas les moyens de vulgariser leurs travaux. Alors, nous nous en faisons le porte-voix. Aussi, nous avons fait un travail de communication sur les moyens pour les entreprises, de continuer le travail, à rémunérer leurs employés tout en limitant pour autant les risques sanitaires. L’idée étant d’atténuer au maximum les effets économiques de cette pandémie sur les jeunes africains.

Si vous devriez donner une analyse sur le rôle que le média digital a joué face au Covid 19 en Afrique en général, et au Cameroun en particulier, ce serait laquelle?

A mon avis, le rôle des médias africains dans cette crise n’a pas été exempt de tous reproches, notamment dès le départ. Les médias africains se sont rapidement alignés sur la tonalité des médias européens. Ce qui a eu comme effet de créer une certaine psychose, de laquelle est née la stigmatisation des malades.

Aussi, je n’ai pas particulièrement vu les médias africains soutenir les initiatives africaines de lutte contre la pandémie, comme par exemple, le traitement qui a été le plus en vue, la Covid-organics de Madagascar.

J’ai même observé plusieurs médias allouer des plages entières aux bienfaits de la chloroquine contre la Covid 19, et critiquer négativement dans le même temps les productions de la pharmacopée africaine. Ce qui à mon sens, est un égarement. Seulement, et heureusement, certains médias ont pu clairement exposer tous les enjeux autour du futur traitement.

Quelles en sont les coquilles à corriger?

Je pense que les médias doivent aussi jouer leur partition dans la guerre socio-économique mondiale. Parce que oui, nous vivons dans un monde en guerre. Et les médias sont un puissant instrument dont le contrôle est déterminant. Les médias africains devraient en prendre conscience, et davantage accompagner et vulgariser les fruits de la recherche africaine.

Quelle appréciation donnerez-vous à la jeunesse technologique face au Covid 19 en particulier et aux défis de globalisation en général?

S’il y a une chose que la crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid 19 a confirmé, c’est le génie créateur des innovateurs africains dans le secteur des TIC. Au Maroc par exemple, le gouvernement a lancé une application de traçage volontaire contre la Covid 19, conçue et développée par les marocains. Toujours au Maroc, on a vu l’utilisation pour la première fois des drones civils dans le cadre de la riposte. Au Rwanda, les chercheurs rwandais ont conçu un robot médicalisé qui limitera les risques de transmissions médecins – patients. Au Cameroun, un groupe de journalistes a créé une plateforme d’information sur l’évolution de la pandémie (covid19.cm). Aussi, le Kenya a mis sur pied un Centre de télémédecine pour faire face à la menace de la Covid-19.

 A mon avis, toutes ces initiatives montrent que la jeunesse africaine a le potentiel technologique nécessaire pour éclore. Et déjà, malgré un contexte extrêmement défavorable, ils parviennent tout de même à faire des merveilles. Je vous laisse vous-même imaginer ce qu’ils pourraient faire si jamais les conditions étaient réunies.

D’après vous, pourquoi est ce que l’innovation Africaine n’a t’elle pas encore connue un réelle essor, de sorte à être utilisée à une échelle mondiale?

Le principal problème de l’éclosion de l’innovation Africaine est le manque de confiance des Africains eux-mêmes dans leur potentiel. Ce qui se traduit par un très faible investissement dans le développement de la ressource humaine nécessaire. Dans des pays qui sont actuellement leaders dans le secteur (Etats-Unis et Chine), l’Etat et le privé investissent à coups de milliards de dollars pour permettre à leurs jeunes de financer leurs recherches. Or en Afrique, on en est encore très loin. Or, le principe est simple :

Si on n’investit pas, on n’obtient aucune valeur ajoutée.

Avec la crise sanitaire, les recettes publicitaire baissent mais l’audience croît, ne pensez-vous pas qu’il est temps de repenser le business model des médias en général pour survivre; quelle est votre idée sur le sujet?

La survie des médias traditionnels est un débat de plus en plus à l’ordre du jour. Avec la venue des TIC, il est évident que rien ne sera plus jamais comme avant. Les informations circulent à une vitesse éclair sur les réseaux sociaux que dans la plupart des cas, les médias ne viennent que confirmer ou infirmer ce que le public connecté savait déjà. Aussi, les grands rendez-vous télé sont désormais bousculés par les podcasts qui offrent une flexibilité dans les programmes.

Ce que les médias doivent faire s’ils veulent survivre, c’est de se mettre également au Digital. L’avenir de la télévision est dans le digital.  Outre les recettes publicitaires qui s’amenuisent petit à petit, le financement de la télévision de demain passera certainement par des solutions alternatives, comme ce qui se fait avec les startups du numérique actuellement.

Votre mot de la fin

Mon mot de la fin est qu’on a bien l’habitude de dire que le continent Africain est bourré d’opportunités et de ressources. Seulement, les opportunités sont faites pour être saisies, et les ressources exploitées. Il revient aux Africains de trouver le moyen de se réaliser.

Si l’Africain veut se faire respecter, il doit savoir avant tout que le respect se mérite.

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